Le thermomètre grimpe, les chantiers continuent, les cuisines tournent, les entrepôts chargent. Depuis l’été dernier, la chaleur au travail n’est plus une affaire de bon sens laissée à l’appréciation de chacun : c’est un risque professionnel réglementé, avec des obligations précises pour l’employeur. Et le bilan de l’été 2025 rappelle pourquoi : neuf accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur ont été signalés à la Direction générale du travail, des travailleurs de 35 à 63 ans, principalement dans la construction, les travaux publics et l’agriculture. Pour l’été 2026, l’inspection du travail a reçu des consignes de contrôle. Voici ce qu’il faut avoir mis en place.

Un « épisode de chaleur intense », c’est désormais défini
Longtemps, le code du travail n’a rien dit de précis sur la chaleur — et il ne fixe toujours aucune température maximale au-delà de laquelle le travail serait interdit. Ce qui a changé, c’est le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, applicable depuis le 1er juillet 2025, qui a créé dans le code du travail un chapitre entier consacré aux risques liés aux épisodes de chaleur intense : les articles R. 4463-1 à R. 4463-8.
Le déclencheur est simple et objectif : un arrêté du même jour renvoie à la vigilance canicule de Météo-France. Dès que votre département passe en vigilance jaune, orange ou rouge pour canicule, vous êtes juridiquement en « épisode de chaleur intense », avec les obligations qui vont avec. Plus besoin de débattre du seuil : il suffit de consulter la carte de vigilance, comme on consulte la météo avant un déplacement.

Le risque chaleur entre dans le DUERP
Première obligation, et c’est celle qui conditionne toutes les autres : évaluer le risque. L’article R. 4463-2 impose d’évaluer les situations d’exposition à la chaleur, en intérieur comme en extérieur, et d’intégrer cette évaluation au document unique d’évaluation des risques professionnels. Un DUERP qui ne dit rien de la chaleur alors que vos équipes travaillent dehors, en cuisine, en atelier ou sous verrière n’est plus à jour.
Cette évaluation doit déboucher sur une liste de mesures de prévention, réfléchies avant l’été, pas improvisées le jour où le département passe en vigilance orange. Elle doit aussi tenir compte des travailleurs vulnérables : pour les salariés dont l’état de santé le justifie, les mesures s’adaptent, en lien avec le médecin du travail. Quant aux jeunes de moins de dix-huit ans, l’affectation à des travaux les exposant à des températures extrêmes susceptibles de nuire à leur santé est purement et simplement interdite — un point que l’apprenti du chantier ou le saisonnier de la restauration rend très concret.
Les mesures concrètes attendues
L’article R. 4463-3 dresse la liste des leviers que l’employeur doit envisager, dans l’esprit des principes généraux de prévention : agir sur l’organisation avant de compter sur la résistance des personnes. Concrètement, cela passe par la modification des procédés qui exposent à la chaleur, le déplacement des postes vers des zones plus fraîches, l’adaptation des horaires — commencer plus tôt, décaler les tâches physiques en dehors des heures les plus chaudes, augmenter la fréquence des pauses —, la mise en place de protections contre le soleil, le choix d’équipements de travail adaptés, et des équipements de protection individuelle compatibles avec la chaleur.
Vient ensuite l’eau. L’employeur doit mettre à disposition une quantité d’eau potable fraîche suffisante, maintenue au frais tout au long de la journée, à proximité des postes de travail. Sur les chantiers du BTP, la règle est chiffrée : en l’absence d’eau courante, c’est trois litres par jour et par travailleur au minimum.
Enfin, l’information. Les salariés doivent connaître les signes qui annoncent le danger — crampes, maux de tête, vertiges, propos incohérents, peau chaude et sèche — et savoir les signaler, pour eux-mêmes comme pour un collègue. Le protocole doit prévoir le cas du travailleur isolé, celui que personne ne verra s’effondrer. Rappelons-le sans détour : le coup de chaleur est une urgence vitale, et les minutes qui suivent les premiers signes décident de la suite. C’est exactement le type de situation que travaille une formation de sauveteur secouriste du travail.

Été 2026 : l’inspection du travail a reçu ses consignes
La nouveauté de cette saison n’est pas dans les textes, elle est dans leur application. Une instruction de la Direction générale du travail du 22 mai 2026 organise la gestion des vagues de chaleur pour cet été : diffusion des messages de prévention, mobilisation des services de prévention et de santé au travail, et surtout contrôles ciblés sur les secteurs les plus exposés — BTP, agriculture, restauration, boulangerie, action sociale et sanitaire, industrie, transports et logistique.
L’agent de contrôle qui constate que l’employeur n’a pas défini sa liste de mesures de prévention contre les épisodes de chaleur intense peut le mettre en demeure de s’y conformer, sur le fondement de l’article R. 4721-5 du code du travail, avant de dresser procès-verbal. L’amende administrative de l’article L. 8115-1 fait partie de la panoplie. Autrement dit : le document qui manque n’est plus un détail administratif, c’est le premier élément que le contrôle ira chercher.
Et pour l’employeur, ça change quoi ?
Le raisonnement à tenir tient en trois temps. D’abord, mettre le DUERP à jour : identifier les postes exposés à la chaleur, en intérieur comme en extérieur, et écrire noir sur blanc les mesures prévues quand la vigilance jaune, orange ou rouge tombe. Ensuite, préparer la logistique avant l’épisode : l’eau fraîche et son maintien au frais, les zones d’ombre ou de repos, les horaires décalés négociés avec les équipes, la conduite à tenir affichée et connue. Enfin, former : des salariés capables de reconnaître un début de coup de chaleur chez un collègue et d’agir dans les premières minutes, c’est la différence entre un malaise récupéré et un accident mortel.
Et si un salarié estime qu’une situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, le droit de retrait existe — mais un employeur qui a anticipé n’a normalement jamais à en arriver là. La chaleur est l’un des rares risques professionnels qui s’annoncent plusieurs jours à l’avance : ne pas s’y préparer devient difficile à justifier.
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Sources : décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 et arrêté du 27 mai 2025 (Légifrance) ; code du travail, articles R. 4463-1 à R. 4463-8, R. 4721-5 et L. 8115-1 ; instruction DGT/BPSIT/CT3/2026/68 du 22 mai 2026 (bulletins-officiels.social.gouv.fr) ; Santé publique France, « Chaleur et santé, bilan de l’été 2025 » ; INRS, dossier « Travail à la chaleur ».
Transparence — contenu assisté par intelligence artificielle. Cet article a été rédigé avec l’aide d’un système d’intelligence artificielle, puis relu et validé sur le fond par Destination Prévention, qui en assume la responsabilité éditoriale. Mention faite au titre de l’article 50 du règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle. Illustration : Adobe Stock.