Maladies cardio-neuro-vasculaires : ce que la loi du 27 juillet 2026 change pour l’entreprise

140 000 décès par an, soit plus d’un décès sur cinq : les maladies cardio-neuro-vasculaires — infarctus, AVC, insuffisance cardiaque — sont la deuxième cause de mortalité en France et pèsent 1,2 million d’hospitalisations d’adultes chaque année, selon Santé publique France (données 2022). Jusqu’ici, le sujet relevait du médecin traitant et de la santé publique. Depuis cet été, il relève aussi de l’entreprise : la loi n° 2026-668 du 27 juillet 2026, publiée au Journal officiel le 28 juillet, dote la France d’une stratégie nationale de lutte contre ces maladies — et modifie, au passage, le code du travail. Employeurs, préventeurs, élus du CSE : voici ce qui vous concerne directement.

1. Pourquoi la loi vient chercher l’entreprise

Le cœur de cette loi, dite « loi Neuder », est un nouvel article L. 1411-6-6 du code de la santé publique : l’État conduit désormais une politique de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires, déclinée dans une stratégie nationale pluriannuelle qui fixe les orientations prioritaires en matière de prévention, de dépistage et d’organisation des parcours de soins, avec un objectif affiché de réduction des inégalités d’accès à la prévention.

Pourquoi mobiliser l’entreprise là-dedans ? Parce que les facteurs de risque sont massivement présents dans la population active, souvent sans que les intéressés le sachent : d’après Santé publique France, 31 % des adultes présentent une hypertension artérielle, 23 % un excès de cholestérol LDL, 17 % une obésité, 7 % un diabète — et près d’un adulte sur quatre fume quotidiennement. Un actif passe une grande partie de sa vie éveillée au travail : plutôt que de créer un nouveau canal, le législateur a choisi de s’appuyer sur celui qui existe déjà et qui voit passer tous les salariés — la santé au travail.

2. Ce qui change concrètement dans le code du travail

Premier changement : l’article L. 4622-2, qui définit les missions des services de prévention et de santé au travail (SPST), s’enrichit. Les services devront participer à des campagnes de dépistage des maladies cardio-neuro-vasculaires et mener des actions de sensibilisation annuelles aux facteurs de risque. Pour y parvenir, la loi leur ouvre la possibilité de s’appuyer sur des partenaires : associations de prévention agréées, communautés professionnelles territoriales de santé, étudiants en santé dans le cadre du service sanitaire, mutuelles et institutions de prévoyance. Concrètement, ces actions ont vocation à arriver dans l’offre de votre service interentreprises — celle que votre cotisation finance déjà. Autant les solliciter.

Employeur et élus du CSE réunis autour d’une table de travail pour préparer les actions de prévention
Sensibilisation annuelle, campagnes de dépistage : le programme se construit avec votre service de prévention et de santé au travail — mettez le sujet à l’ordre du jour de la prochaine réunion.

Deuxième changement, plus visible encore pour vos salariés : la visite de mi-carrière (article L. 4624-2-2). Créée par la loi du 2 août 2021, elle est organisée à une échéance fixée par accord de branche ou, à défaut, durant l’année civile des 45 ans du salarié — elle peut être anticipée et couplée avec une autre visite médicale dans les deux ans qui précèdent. La loi du 27 juillet 2026 lui ajoute un contenu obligatoire : une information et une sensibilisation aux facteurs de risque cardio-neuro-vasculaires, assorties d’une proposition de dépistage précoce. À 45 ans, âge charnière où les premiers signaux s’installent silencieusement, ce n’est pas un luxe.

Hors de l’entreprise, la loi muscle aussi les rendez-vous de prévention aux âges clés de la vie, qui intègrent désormais le repérage de ces maladies, et élargit la mesure de la tension artérielle à de nouveaux professionnels, pharmaciens et masseurs-kinésithérapeutes notamment. Certaines modalités restent à préciser par décret, mais la direction est claire : le salarié entendra parler de son cœur à plusieurs guichets — dont le vôtre.

3. L’entreprise était déjà un maillon de la chaîne cardio

Cette loi ne part pas de zéro : le code du travail faisait déjà de l’entreprise un acteur de la santé cardiaque. Depuis le décret n° 2021-469 du 19 avril 2021, pris en application de l’article L. 1237-9-1, tout salarié doit se voir proposer, avant son départ volontaire à la retraite, une sensibilisation à la lutte contre l’arrêt cardiaque et aux gestes qui sauvent — sur le temps de travail, rémunérée comme tel : alerter les secours, réagir face à une hémorragie, prendre en charge un arrêt cardiaque et utiliser un défibrillateur. Et vos sauveteurs secouristes du travail apprennent précisément la conduite à tenir face au malaise et à l’arrêt cardiaque : dans les minutes qui précèdent l’arrivée des secours, ce sont eux qui font la différence.

Salariés s’entraînant au massage cardiaque sur mannequin lors d’une formation aux premiers secours
Face à un arrêt cardiaque, tout se joue avant l’arrivée des secours : des salariés entraînés aux gestes qui sauvent, c’est du temps gagné pour la victime.

Reste le terrain le plus payant : les facteurs de risque comportementaux. Tabac, alcool, sédentarité figurent en tête des causes évitables — et ce sont des sujets sur lesquels l’employeur dispose déjà d’outils éprouvés. Une démarche de prévention des addictions structurée — règlement intérieur solide, sensibilisation des salariés, managers formés au repérage et à la conduite à tenir — protège à la fois la sécurité immédiate (conduite, machines, travaux en hauteur) et, à plus long terme, le cœur et les artères de vos équipes. La nouvelle sensibilisation annuelle prévue par la loi est l’occasion naturelle d’y adosser ces messages.

Salarié en tenue de travail réalisant un test d’alcoolémie avant la prise de poste
Alcool, tabac, cannabis : les addictions pèsent sur le cœur comme sur la sécurité au poste — une démarche de prévention structurée protège les deux.

Et pour l’employeur, ça change quoi ?

Soyons précis : à ce stade, les obligations nouvelles pèsent d’abord sur les services de prévention et de santé au travail, pas directement sur vous. Mais quatre réflexes s’imposent dès cette rentrée. Interrogez votre SPST sur son calendrier de campagnes de dépistage et de sensibilisation annuelle : ces actions font partie de l’offre que votre cotisation finance, et les premières entreprises servies seront celles qui les auront demandées. Vérifiez vos visites de mi-carrière : les salariés qui atteignent 45 ans cette année doivent en bénéficier, et leur nouveau contenu cardio-neuro-vasculaire suppose qu’elles soient réellement programmées, pas seulement prévues. Associez le CSE : la santé au travail fait partie de ses attributions, et une politique de prévention des facteurs de risque construite avec les élus tient mieux dans la durée qu’une note de service. Enfin, ne laissez pas dormir l’existant : sensibilisation aux gestes qui sauvent avant chaque départ en retraite, organisation des secours écrite et à jour, secouristes recyclés. La loi de juillet 2026 ne crée pas la prévention cardio en entreprise — elle vous donne une excellente raison de la mettre enfin à l’agenda.

Agissez sur les facteurs de risque de vos équipes

Destination Prévention déploie en intra une démarche complète de prévention des addictions : sensibilisation des salariés, formation des managers au repérage et à la conduite à tenir, sécurisation du règlement intérieur et des tests alcool et stupéfiants. Des actions concrètes, sur vos postes de travail, qui protègent la sécurité d’aujourd’hui et la santé de demain.


Sources : loi n° 2026-668 du 27 juillet 2026 visant à doter la France d’une stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires, JO du 28 juillet 2026 (Légifrance) ; texte définitif et dossier législatif, Sénat (senat.fr) ; Santé publique France — communiqué « Les maladies cardiovasculaires en France : un impact majeur et des inégalités persistantes » (données 2022) ; code du travail, articles L. 4622-2, L. 4624-2-2 et L. 1237-9-1 ; décret n° 2021-469 du 19 avril 2021 et fiche DREETS sur la sensibilisation à la lutte contre l’arrêt cardiaque avant le départ à la retraite.

Transparence — contenu assisté par intelligence artificielle. Cet article a été rédigé avec l’aide d’un système d’intelligence artificielle, puis relu et validé sur le fond par Destination Prévention, qui en assume la responsabilité éditoriale. Mention faite au titre de l’article 50 du règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle. Illustrations : Adobe Stock.