Risque routier professionnel : le poste de travail que votre DUERP oublie peut-être

424. C’est le nombre de personnes tuées sur les routes de France en 2024 lors d’un déplacement lié au travail, selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) — plus d’une par jour, week-ends compris. Pourtant, dans beaucoup d’entreprises, le risque routier reste le grand absent de la démarche de prévention : conduire paraît trop ordinaire pour être un risque professionnel. C’est exactement l’inverse. Le véhicule est un poste de travail, le déplacement est une tâche comme une autre, et l’accident de la route est, selon l’Assurance Maladie, la première cause de mortalité au travail. La bonne nouvelle, c’est que ce risque se gère avec les mêmes outils que tous les autres : évaluation, organisation, formation. Voici par où commencer.

1. Plus d’un mort par jour : le risque professionnel le plus meurtrier

Les chiffres officiels sont têtus. D’après l’Assurance Maladie, près d’un tiers des accidents mortels du travail sont des accidents de la route. L’ONISR a recensé 440 personnes tuées en 2023 et 424 en 2024 lors d’un déplacement lié au travail — trajet domicile-travail et déplacements en mission confondus. La légère baisse d’une année sur l’autre ne change rien à l’ordre de grandeur : aucune machine, aucun produit chimique, aucune chute de hauteur ne tue autant de salariés chaque année que la route.

Et la tendance de fond doit alerter : d’après le rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie – Risques professionnels, alors que les accidents du travail reculent de 1,1 % sur l’année, les accidents de trajet, eux, progressent de 0,7 %. Le paradoxe est là : plus un risque est quotidien, moins il est perçu. On monte dans sa voiture comme on allume son ordinateur, et c’est précisément cette banalisation qui fait du risque routier un angle mort de la prévention — au sens propre comme au figuré.

Conductrice attachant sa ceinture de sécurité avant de démarrer son véhicule
En mission comme sur le trajet, la ceinture reste la protection la plus efficace en cas de choc : elle s’attache avant de démarrer, à chaque déplacement, même court.

2. Mission, trajet : ce que dit le droit — et ce que ça implique

Le droit distingue deux situations. L’accident survenu en mission — chez un client, entre deux chantiers, pendant une tournée — est un accident du travail : le salarié bénéficie d’une présomption d’imputabilité, et c’est à l’employeur d’apporter la preuve contraire s’il la conteste. L’accident de trajet, lui, couvre le parcours entre le domicile et le lieu de travail, ou entre le travail et le lieu de restauration habituel, sur un itinéraire aussi direct que possible — avec une tolérance pour les détours de la vie courante, comme déposer un enfant à l’école ou pratiquer le covoiturage. Dans les deux cas, l’employeur doit déclarer l’accident dont il a connaissance dans les 48 heures.

Surtout, l’obligation générale de sécurité s’applique au volant comme à l’atelier : l’article L. 4121-1 du code du travail impose à l’employeur de prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs » — actions de prévention, information, formation, organisation et moyens adaptés. Dès lors qu’un salarié se déplace pour son travail, le risque routier doit donc être évalué et transcrit dans le document unique, au même titre que les autres risques de l’entreprise (nous avons détaillé ces obligations dans notre article sur le DUERP). Et en mission, l’essentiel du risque se joue dans des choix qui appartiennent à l’employeur : les délais imposés, la charge des tournées, l’état des véhicules, les sollicitations téléphoniques pendant la conduite.

3. Quatre leviers pour maîtriser les déplacements en mission

L’Assurance Maladie structure la prévention du risque en mission autour de quatre domaines d’action, et c’est un excellent plan de travail. Le management des déplacements, d’abord : le déplacement le plus sûr est celui qu’on évite (visioconférence, regroupement des rendez-vous) et, pour les autres, une tournée se prépare — itinéraire, temps de conduite réaliste, pauses prévues, sans promesse de délai qui ne peut se tenir qu’en roulant trop vite. Le management du parc de véhicules, ensuite : des véhicules adaptés à la tâche, entretenus régulièrement, correctement équipés, avec un signalement simple des anomalies — des pneus usés ne relèvent pas du confort mais de la sécurité.

Le management des communications mobiles est sans doute le levier le plus urgent. Téléphoner en conduisant, même en kit mains libres, dégrade fortement l’attention ; le téléphone tenu en main est puni de 135 euros d’amende et d’un retrait de trois points, et, dans plusieurs départements, le préfet peut désormais suspendre immédiatement le permis du conducteur surpris téléphone en main, de 15 jours à 6 mois. Une entreprise qui exige de ses conducteurs une joignabilité permanente fabrique elle-même l’infraction : le bon protocole tient en une phrase — en conduite, on ne répond pas ; on rappelle à l’arrêt — et il n’a de valeur que si les managers l’appliquent d’abord à eux-mêmes. Le management des compétences, enfin : le permis de conduire atteste qu’on sait conduire, pas qu’on sait gérer la fatigue, la pluie, un utilitaire chargé ou la pression d’une tournée. Sensibilisation régulière, formation post-permis, accueil des nouveaux arrivants : la compétence de conduite professionnelle s’entretient.

Aire de repos et station-service signalées sur autoroute
Une tournée bien préparée intègre les pauses dans le temps de travail : un délai tenu au prix de la fatigue au volant est un délai mal négocié.

4. Le trajet domicile-travail n’est pas hors de portée

L’employeur n’organise pas le trajet de ses salariés, mais il n’est pas pour autant démuni — et l’Assurance Maladie liste des leviers concrets : réduire l’exposition en limitant les déplacements lorsque c’est possible, encourager les transports en commun ou le covoiturage organisé, aménager les accès et le stationnement du site pour éviter les manœuvres dangereuses aux heures de pointe, inciter à l’entretien des véhicules personnels, veiller à des horaires qui n’imposent pas de prendre la route en pleine fatigue, et informer régulièrement les équipes. Quand les accidents de trajet augmentent alors que les autres reculent, ces leviers ne sont pas du zèle : ils s’attaquent à la part du risque qui progresse.

Et pour l’employeur, ça change quoi ?

Trois questions permettent de savoir où vous en êtes. Votre DUERP parle-t-il de la route ? Pas d’une ligne générique, mais de vos déplacements réels : commerciaux, techniciens, livraisons, trajets entre sites, intérimaires qui prennent le volant. Vos règles sont-elles écrites et connues ? Protocole téléphone, préparation des tournées, temps de conduite, entretien et vérification des véhicules : ce qui n’est pas formalisé n’existe pas le jour où tout va vite. Vos conducteurs réguliers ont-ils été formés ? Une sensibilisation ne se résume pas à un mail annuel. Et si l’accident survient malgré tout, ce sont précisément ces trois réponses que regarderont la CARSAT, l’inspection du travail et, le cas échéant, le juge : un accident de mission est un accident du travail, avec ses conséquences humaines d’abord, financières et juridiques ensuite. La route se gère comme un risque professionnel — parce que c’en est un, et le plus meurtrier de tous.

Faites de la route un risque maîtrisé

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Sources : ONISR, bilans de l’accidentalité routière (440 tués lors d’un déplacement lié au travail en 2023, 424 en 2024, chiffres repris par la DREETS Hauts-de-France) ; Assurance Maladie, ameli.fr entreprise, « Risque routier » (première cause de mortalité au travail, quatre domaines d’action en mission, leviers trajet) et « Accident du travail ou de trajet : les principes clés » (définitions, présomption, déclaration sous 48 h) ; rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie – Risques professionnels (sinistralité 2024 : accidents du travail −1,1 %, accidents de trajet +0,7 %) ; code du travail, article L. 4121-1 (code.travail.gouv.fr) ; ministère de l’Intérieur, masecurite.interieur.gouv.fr (sanctions du téléphone tenu en main et suspension immédiate du permis dans certains départements).

Transparence — contenu assisté par intelligence artificielle. Cet article a été rédigé avec l’aide d’un système d’intelligence artificielle, puis relu et validé sur le fond par Destination Prévention, qui en assume la responsabilité éditoriale. Mention faite au titre de l’article 50 du règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle. Illustration : Adobe Stock.